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EspañolOfficier français · Général autrichien · Pacha ottoman
14 Juillet 1675 — 23 Mars 1747
Né au château de Bonneval en Limousin, soldat de trois couronnes, converti à l'islam, ami de Casanova, enterré à Istanbul — Claude Alexandre de Bonneval fut l'une des figures les plus extraordinaires du XVIIIᵉ siècle.
Du château de Bonneval en Limousin aux minarets de Constantinople, Claude Alexandre de Bonneval traversa les frontières, les religions et les loyautés avec une audace que l'histoire n'a jamais tout à fait pardonnée.
Château de Bonneval (1)
CHAPITRE I · 1675–1698
Claude Alexandre de Bonneval naît le 14 juillet 1675 au château familial de Coussac-Bonneval, en Haute-Vienne. Il est l'héritier d'une famille noble du Limousin dont les racines remontent au XIᵉ siècle, une lignée de guerriers et de conseillers royaux profondément enracinée dans l'histoire de France. Son père disparu tôt, il est confié aux jésuites pour une éducation rigoureuse.
C'est son parent, le maréchal de Tourville — l'un des plus grands amiraux de France —, qui le fait entrer dans la Marine royale à l'âge de treize ans seulement. Le jeune Bonneval se distingue aussitôt dans les batailles navales de La Hougue, de Dieppe et de Cadix, révélant un courage naturel doublé d'un caractère absolument indomptable.
Le comte de Bonneval (1)
CHAPITRE II · 1698–1706
Quittant la Marine après une affaire d'honneur, Bonneval acquiert en 1698 une charge dans le régiment des Gardes françaises, l'élite de l'armée du Roi-Soleil. Il s'illustre en Italie sous les maréchaux Catinat, Villeroi et le duc de Vendôme. Ses victoires sont éclatantes, sa bravoure unanimement reconnue.
Mais le caractère fougueux de Bonneval finit par le perdre. En 1704, il offense le ministre de la Guerre Chamillart — et, par ricochet, la très influente Madame de Maintenon. Condamné par contumace pour des malversations liées à la levée de contributions en Italie, il doit fuir et se réfugie en Allemagne pour échapper à un jugement sévère.
C'est ainsi que débute un exil qui durera jusqu'à sa mort — jamais véritablement levé, toujours espéré.
Prince Eugène de Savoie (1)
CHAPITRE III · 1706–1724
Sur recommandation du prince Eugène de Savoie — son ancien ennemi de guerre devenu protecteur —, Bonneval intègre l'armée impériale autrichienne avec le grade de général. Il combat désormais contre la France, sa patrie, en Provence, en Dauphiné, à Turin et à Malplaquet. Paradoxe d'une époque où la loyauté aux princes primait souvent sur la nation.
Distingué à la bataille de Peterwardein en 1716 contre les Ottomans — il y est grièvement blessé à l'abdomen, portant pour le reste de sa vie une plaque d'argent pour se maintenir —, Bonneval accumule honneurs et titres à Vienne. Mais son caractère tempétueux frappe à nouveau : une altercation violente avec le marquis de Prié, vice-gouverneur autrichien des Pays-Bas, lui vaut une cour martiale et la prison.
Libéré mais dépouillé de ses grades et exilé à Venise, Bonneval se retrouve à quarante-cinq ans sans armée, sans titre, sans patrie — mais toujours debout.
En 1730, rejeté par les deux plus grandes puissances chrétiennes d'Europe, Claude Alexandre de Bonneval fait le choix le plus radical de son existence : il se convertit à l'islam, prend le nom d'Ahmed et entre au service du sultan ottoman Mahmoud Iᵉʳ. Ce geste scandalise l'Europe entière — mais pour Bonneval, c'est avant tout un acte de survie et de revanche.
Le sultan lui confie la réorganisation de l'artillerie ottomane. Bonneval crée alors le corps d'élite des bombardiers — les humbaracı — qui lui vaudra son titre turc de Humbaracı Ahmed Pacha. En quelques années, il lève et entraîne à la mode européenne plusieurs régiments, transformant profondément les méthodes de guerre de l'Empire. Il fait fondre de nouveaux canons, construit des batteries modernes, rédige des manuels militaires en turc.
Ses succès sont immenses : à la bataille de Niš en 1737, l'artillerie réformée par Bonneval contribue directement à la défaite autrichienne. Le traité de Belgrade de 1739 en découle, forçant l'Autriche à restituer de vastes territoires. Une victoire symbolique pour un homme que Vienne avait jadis emprisonné.
C'est à Constantinople que Bonneval rencontre le jeune Giacomo Casanova, alors officier de la marine vénitienne. Dans son autobiographie, le célèbre libertin évoque avec admiration cette silhouette imposante, moitié chevalier français moitié vizir ottoman, qui fumait sa pipe dans les jardins du Bosphore en évoquant Versailles avec nostalgie.
14 juillet 1675 au château de Bonneval, Coussac-Bonneval, Haute-Vienne, Limousin
Entre dans la Marine royale à 13 ans, sous la protection du maréchal de Tourville
Servit successivement la France (Gardes françaises), l'Autriche (général impérial) et l'Empire ottoman (Pacha)
Se convertit à l'islam sous le nom d'Ahmed, devenant Humbaracı Ahmed Pacha au service du sultan ottoman
Fonde et organise le corps des humbaracı, artillerie d'élite ottomane à la mode européenne
La rue Kumbaracı Yokuşu, à Galata/Istanbul, porte son nom — rare hommage rendu à un étranger dans la ville moderne
Giacomo Casanova le rencontra à Constantinople et lui consacra plusieurs pages admiratives dans Histoire de ma vie
Décédé le 23 mars 1747 à Constantinople, inhumé au cimetière de la Mevlevihane de Galata, Istanbul
1675
Claude Alexandre de Bonneval naît le 14 juillet au château familial de Coussac-Bonneval, en Limousin.
1688
À 13 ans, grâce au maréchal de Tourville, son parent, il intègre la Marine royale française et participe à plusieurs batailles navales.
1698
Bonneval quitte la Marine et acquiert un poste dans l'élite de l'armée de terre, le régiment des Gardes françaises.
1704–1706
Après avoir offensé le ministre Chamillart et Mme de Maintenon, condamné par contumace, Bonneval fuit en Allemagne.
1706–1716
Intégré à l'armée impériale grâce au prince Eugène de Savoie, Bonneval combat contre la France et contre les Ottomans à Peterwardein (1716).
1724
Condamné à mort par les Autrichiens — peine commuée en prison — après une querelle avec le vice-gouverneur des Pays-Bas. Exilé à Venise.
1730
Bonneval embrasse l'islam, prend le nom d'Ahmed et entre au service du sultan ottoman Mahmoud Iᵉʳ comme commandant militaire.
1730–1739
Crée le corps des humbaracı (bombardiers). Lève et entraîne des régiments à la mode européenne. Titre : Humbaracı Ahmed Pacha.
1737–1739
L'artillerie réformée par Bonneval contribue à la défaite autrichienne à Niš. Le traité de Belgrade force l'Autriche à restituer Belgrade et ses territoires.
Années 1740
Tombé en disgrâce auprès de la Porte, exilé un temps sur les rives de la Mer Noire. Louis XV lui confie une mission secrète de réconciliation franco-ottomane en échange d'un pardon.
23 mars 1747
Bonneval meurt à Constantinople d'une crise de goutte, sans avoir pu accomplir sa dernière mission ni revoir sa patrie. Il est inhumé au cimetière de la Mevlevihane de Galata, Istanbul.
Istanbul conserve la mémoire de Bonneval avec une ferveur inattendue. La rue Kumbaracı Yokuşu, dans le quartier cosmopolite de Galata, perpétue son souvenir. Sa tombe, au cimetière de la confrérie Mevlevi, est encore visible aujourd'hui — vestige silencieux d'un destin qui n'a pas de nom dans les frontières.
Des historiens turcs contemporains ont redécouvert son rôle capital dans la modernisation militaire ottomane, soulignant que la victoire de Niš — et donc le traité de Belgrade — doit beaucoup aux innovations de ce Français converti. Son titre Humbaracı Ahmed Pacha reste inscrit dans les manuels d'histoire militaire ottomane.
La France a longtemps eu du mal à célébrer ce fils prodigue qui porta les armes contre elle. Pourtant, l'historien Albert Vandal lui consacra en 1885 une biographie de référence — Le Pacha Bonneval — qui contribua à réhabiliter une figure trop longtemps oubliée. Voltaire le mentionne, Casanova l'admire, le prince de Ligne rédige ses Mémoires.
Au château de Bonneval, à Coussac-Bonneval, une chambre porte encore son souvenir. La famille de Bonneval, qui habite toujours le château depuis trente générations, revendique fièrement ce parent hors normes comme l'un des membres les plus fascinants de leur longue histoire.